Conseil en relations publiques

Newsletter du 08/09/2023


Bonjour à toutes et à tous, nous espérons que vous avez passé une bonne semaine. Nous vous retrouvons pour votre dose hebdomadaire d'actualités en affaires publiques offerte par le cabinet VOXA.


Voici les éléments qu'il ne fallait ne pas manquer cette semaine de rentrée :

  • Budget : le « quoi qu’il en coûte » va-t-il faire place au « à quoi ça sert »?
  • Européennes : lutte des places à gauche
  • Emmanuel Macron : la communication est un sport de combat
  • Des 100 jours au 49-3, des chiffres à la lettre
  • Le politique de la semaine

L’instant réglementaire :

Budget : le « quoi qu’il en coûte » va-t-il faire place au « à quoi ça sert »?

Après une cure d’abstinence médiatique, la rentrée n’est pas littéraire mais budgétaire pour Bruno le Maire. Et quand son collègue de l’intérieur tente la sienne sur un air de Sarko 2007, celle de l’homme de Bercy résonne au son de sa primaire (ratée) de la droite en 2016. Fini le « quoi qu’il en coûte », l’ancien député de l’Eure revient à ses premiers amours : la rigueur budgétaire, le régime minceur pour la dépense publique…

Cette fois-ci, le ministre de l’Économie et des Finances assure que le « quoiqu’il en coûte » est terminé et que le budget 2024 illustrera le retour à un sérieux budgétaire, comprenez le désendettement de la France (111,6 % du PIB en 2022) et le retour à l’équilibre des comptes publics (le déficit a atteint – 4,7 % du PIB en 2022), alors que la dette publique de la France a récemment dépassé les 3 000 milliards d’euros et que les agences de notation sonnent l’hallali… (l’une, Fitch, a dégradé ce printemps la note de la France – dont les avis sont observés à la loupe par les marchés.)

Malgré le haut patronage de Saint-Denis, mettre fin au « quoi qu’il en coûte » ne relève-t-il pas pour autant du vœu pieux ?

Comment renier, tant la question du pouvoir d’achat reste au centre des préoccupations, ces aides massives déclenchées pendant la crise sanitaire du Covid-19 pour soutenir l’économie et soulager le budget des ménages français, puis prolongées avec la guerre en Ukraine qui a signé l’explosion du coût de l’énergie et un retour de l’inflation, notamment dans l’alimentaire ? Sortir du « quoi qu’il en coûte » est évidemment plus simple à dire qu’à faire et relève presque d’une gageure dans un pays où les taux de prélèvements sont parmi les plus hauts d’Europe. Comment faire des économies, dégager de nouvelles recettes et en même temps engager de nouveaux chantiers ou financer de nouveaux plans lorsque la croissance va rester modeste et l’inflation encore forte ? D’autant qu’entre les annonces des 100 jours et les récentes sorties présidentielles, le chéquier a été l’objet d’un relooking printemps-été…

Entre une dette écologique récemment assumée par Thomas Cazenave, ministre des comptes publics, les collectivités territoriales en recherche de moyens depuis la disparition de la taxe d’habitation et celle programmée de la CVAE, une Lopmi déjà votée et actant une hausse massive des moyens côté Intérieur, une loi de programmation militaire du même tonneau, une fiscalité sacralisée, l’équation est à plusieurs inconnues pour le Ministre s’il ne veut pas que la somme soit égale à 49-3…
Un enjeu parfaitement comprit côté Républicains où le président du groupe des députés, Olivier Marleix, joue avec malice de sa position pour contrarier les ambitions de cet autre candidat de l’aile droite de la majorité à l’Élysée… Et les LR (plutôt LR à l'Assemblée, le Sénat en cours de renouvellement gardant sa prudence traditionnelle) agitent la menace du vote d’une motion de censure à l’automne si le projet de loi de finances était adopté via l’article 49.3…

Le budget 2024 ne passera pas comme une lettre à la poste. Les déficits publics battent des records, l’Union Européenne va mettre la pression sur la France pour qu’elle rentre dans les clous, et le gouvernement veut relancer le pays sans augmenter les impôts ni prendre le chemin de l’austérité. Une équation complexe que les oppositions sauront transformer en débats animés au Parlement et des contradictions de toute part, du gouvernement aux oppositions, de l’Assemblée au Sénat… Additionner les axes contraires, diviser les antis, multiplier les soutiens, l’équation est à plusieurs inconnues mais permet encore d’espérer le vote sur a minima le volet recettes avant d’envisager une bataille sur les dépenses, on rappellera qu’une partie de la dette, celle qui permet d’investir pour l’avenir, promesse de futures recettes, est vertueuse. Et tout spécialement lorsqu’il s’agit de décarboner la France et de garder la planète habitable.
Impossible de promettre des milliards après les mois de largesses du quoi qu’il en coûte. Si Aurore Bergé, la ministre des Solidarités et des Familles, est montée au front récemment pour annoncer de nouvelles aides pour les associations, le gouvernement, privé de leviers concrets, en est réduit à espérer que les entreprises jouent le jeu, et à attendre que ça passe.

Pour le ministre, l’équation se résume peut-être à assumer l’addition des contradictions et afficher celles de ses contempteurs : Produire plus de richesses sans polluer. Promettre plus de libertés aux collectivités locales tout en les priant de constituer leurs propres réserves financières. Maintenir l’aide aux ménages les plus fragiles tout en tirant sur les dépenses de santé et faire la chasse aux fraudes. L’enjeu est presque philosophique tant il s’agit après le « quoi qu’il en coûte » d’interroger le sens de la dépense publique tel un « à quoi ça sert » ?

Augmenter les recettes de l’État sans recours à l’impôt, conjuguer la réindustrialisation aux temps de la croissance, toucher aux emplois aidés sans augmenter l'impact sur les chiffres du chômage, doter les services publics de proximité sans recours à la dépense... Sans oublier l’éducation, l’hôpital, la défense nationale et autant d’engagements du Château.
Le tout, surtout, sans jamais prononcer le mot interdit – « rigueur » – mais nous pouvons faire confiance aux communicants de l’exécutif pour dégager une nouvelle formule qui fera florès. C’est ce qu’on appelle une équation complexe. Et la promesse de beaux débats au Parlement, à nouveau, en fin d’année.

Sur la scène politique :

Européennes : lutte des places à gauche

Extrême droite et droite extrême en ordre de marche pour les européennes : Jordan Bardella est tête de liste pour le RN, Marion Maréchal le sera pour Reconquête. Une surprise ? Non. La gauche part divisée, la Nupes n’en finit pas d’agoniser sans savoir qui est réellement son bourreau ? Une surprise ? Non plus. L’union à gauche ? Elle n'existe pas. Le Parti socialiste veut conduire une liste autonome. Il l’a annoncé. Il veut défendre sa ligne, comme les écologistes et comme les communistes voire les amis de Bernard Cazeneuve comme annoncé durant sa rentrée politique…

Une chorale à quatre voix pour faire sortir de scène le ténor Mélenchon, telle est l’actuelle partition : une tête de liste pour chaque formation de la Nupes. Les partisans de l’union ont de quoi déprimer en cette rentrée. Mardi soir, les socialistes ont acté leur autonomie, et les Insoumis clôturent le retour de Ségolène Royal en un comeback baroque à souhait malgré sa tournée des universités d’été. Quand elle l'a proposé, Jean-Luc Mélenchon avait applaudi matois à souhait et ravi de son coup. Et puis... rien. Hier, La France insoumise a décliné la proposition, poliment. Pour l’ancienne candidate à la présidentielle, la porte se referme, encore une fois : merci pour ce moment mais non ! Le grand chef insoumis a au moins de la constance : préférer le vent de folie qui touche notre vie politique et entretenir plus que jamais le grand flou.

Après avoir contribué à faire élire 150 députés Nupes l'an dernier, Jean-Luc Mélenchon aurait pu être le grand chef d’orchestre de la gauche. Au lieu de ça, de la bordélisation sur les retraites aux affaires Quattenens en passant par le tube de l’été autour de Médine, les coups de com’, coups de voix et coups d’éclat mènent la gauche au chaos avec plusieurs têtes de gondole pensant pouvoir toutefois tirer profit d’une nouvelle donne imposée par la division.

Pendant ce temps, les troupes de la majorité présidentielle se gardent bien d’avancer démasquées, les sondages promettant a minima 20 % voire un mano à mano avec le RN en cas de percée probable de Reconquête, d’autant que cette lutte des places augure de bien des tourments au Parlement pour dégager une position commune pour cette gauche plus plurielle que jamais.

Décryptage :

Emmanuel Macron : la communication est un sport de combat

Interview sur YouTube, visites de terrain, conclusions du Conseil national de la refondation, cette première semaine de septembre, le président de la République multiplie les rendez-vous publics mais ne s'exprime pas sur l'inflation qui impacte le budget des Français. On l’a quitté à 3 h 12 du matin dans la nuit de Saint-Denis, pendant plusieurs heures, à huis clos, le chef de l’État s’est enfermé avec la première ministre, les présidents de chambre, les dirigeants de partis pour se prêter à son exercice favori : le marathon oral, de saison en ces temps d’Olympisme... Mais le président a aussi une discipline d’excellence : la course de haie médiatique.

Emmanuel Macron a ainsi répondu lundi dernier aux questions du youtubeur HugoDécrypte sur l’école et sur la jeunesse, comme si le président ne venait pas de nommer un nouveau ministre de l’Éducation nationale comme une secrétaire d’État idoine, mais qu'importe, il s’agit de recoller aux électeurs les plus éloignés de la parole Élyséenne. Si durant cette (longue) interview diffusée sur YouTube et TikTok, le président a eu le mérite de conserver un ton propre à sa fonction sans singer tout exercice de jeunisme oratoire qui eût été peu à propos (il est loin le temps des défis lancés auprès de Mc Fly et Carlito !), la multiplication des prises de parole tout azimut risque à court terme de démonétiser la portée des discours présidentiels. À moins qu’Emmanuel Macron innove le jour où une véritable annonce devra être calée et retrouve le chemin maintenant disruptif des studios de TF1 et France 2…
Le Président choisit ses sujets et le régalien devient une extension du domaine de la lutte communicationnelle… Au risque de marginaliser ses ministres…

Si Gérald Darmanin, qui a tenté une échappée en solitaire, est désormais chaperonné par Élisabeth Borne, Gabriel Attal, lui, n’avait jamais cessé de jouer le bon élève. Multiplier les vexations pourrait être contreproductif et pousser d’autres à s’émanciper après les Européennes de Bercy à Grenelle…

Le Président communique, teste les canaux et les formules, quitte à reprendre des recettes pourtant hors carte : le chef de l’État a ainsi présidé les conclusions du Conseil national de la refondation, alors que cet autre objet politique non identifié n’a pas été un succès de ce début de quinquennat hormis pour Olivier Véran.
Mais malgré tout, et jour après jour, le président avance, contre vents et marées, comme s’il n’était pas du tout empêché, et nie la relative majorité à l’Assemblée. C’est le côté athlète du Président : donner à voir, à la controverse, c’est encore exister quand 2027 est déjà dans toutes les têtes. Il y a du Guy Debord et sa « société du spectacle » chez le Président. Un peu de Bourdieu aussi, car pour la sociologie, la communication est aussi un sport de combat.

Des 100 jours au 49-3, des chiffres à la lettre

Il semble déjà loin l’été, les 100 jours et le temps des cigales… On le sait, les bonnes résolutions de rentrée sont souvent éphémères. Finie la main tendue "à la loyale" par le Président, les échanges nocturnes interminables avec les chefs de partis à Saint-Denis, place aux dures réalités : le gouvernement n’aura pas plus de majorité absolue à l’Assemblée à l’automne qu’il n’en avait au printemps.

La rentrée s’annonce fourmi, entre budget et loi immigration pour un exécutif doté de peu d'armes procédurales au parlement si ce n'est le désormais fameux 49-3. Même si notre pays compte depuis le débat sur les retraites à peu près 68 millions de constitutionnalistes, rappelons que cet article de la Constitution permet au gouvernement de faire adopter un texte sans vote, sauf adoption d’une motion de censure. Cette année, il pourrait y recourir dès la session parlementaire extraordinaire annoncée pour le 25 septembre pour faire approuver le texte qui fixe la trajectoire d’une réduction du déficit public en deçà du seuil de 3% du PIB en 2027.

Si Élisabeth Borne s’y résout, c’est faute de majorité absolue. Les insoumis pourront gronder, les choses sont ainsi faites… L’astuce de l’exécutif, c’est que, s’il dégaine le 49.3 dès la session extraordinaire fin septembre, il gardera une cartouche pour la session ordinaire.

Rappelons la règle : on ne peut utiliser cet outil constitutionnel que pour un seul texte par session ordinaire, en plus du budget et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Mais quel sera l’avis des présidents Marleix et Retailleau, Bruno le Maire risquerait-il d'abîmer ainsi ses habits de recours ?

Mais hors budget, le souci demeure de ne griller qu’une seule cartouche. Ainsi le projet de loi sur l’immigration semble désigné. Même s'il est prêt au compromis avec la droite pour éviter le 49.3, Gérald Darmanin ne dispose pas, pour l'heure, d'une majorité. Et s’il enterrait le volet "régularisation" pour séduire Les Républicains, une partie du groupe Renaissance pourrait menacer de faire défaut. (Voir newsletter de la semaine dernière)

Par ailleurs, on se souvient qu’Élisabeth Borne avait assuré vouloir réserver le 49.3 aux seuls textes financiers. Mais cette promesse semble loin à moins que voir son ministre de l’Intérieur enterrer définitivement ses ambitions et sa crédibilité sur ce texte ne lui fasse retrouver la mémoire…

Le politique de la semaine :

Le député à la casquette

Guillaume Kasbarian, né à Marseille en 1987, est un homme politique français affilié à La République en marche (LREM). Après des études à l'ESSEC et une carrière de consultant en stratégie, il est élu député en 2017 dans la première circonscription d'Eure-et-Loir. En 2022, il devient président de la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale. Il est reconnu pour ses casquettes "made in France" mais surtout pour ses travaux, notamment sur le libre-échange et la question des squatteurs, et a récemment contribué à un projet de loi visant à durcir les sanctions envers ces derniers.

C'est tout pour cette semaine ! N'hésitez pas à partager cette newsletter avec vos collègues et à nous contacter pour toute question ou besoin de clarifications. On se retrouve vendredi prochain. À bientôt !


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